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50 ans du Théatre 71 de Malakoff : une femme oubliée !

La scène nationale du Théâtre 71 a fêté son cinquantième anniversaire à l’occasion de festivités organisées à Malakoff le 25 septembre 2021

Pour celles et ceux qui connaissent Malakoff, Claire-Lise Charbonnier, écrivaine, poète, femme de théâtre, fut une personnalité marquante de la grande aventure culturelle de la Cité et du Théâtre 71 aux côtés de son compagnon metteur en scène, Guy Kayat, trop tôt disparu. Ils dirigeaient ensemble la troupe qui portait le nom de Compagnie Charbonnier-Kayat !
Celles et ceux qui eurent la chance de connaître cette période flamboyante de la création en gardent un souvenir ému. Comment ne pas citer quelques œuvres de Claire-Lise : La semaine des sept jeudis, Dans l’ordre ou dans le désordre, La guerre entre parenthèses ou L’échelle des valeurs a perdu ses barreaux … ou ses adaptations comme Œdipe-Roi, Antigone de Sophocle, Le revizor de Gogol, Mère Courage de Brecht dont elle a écrit les paroles des chansons …
Et pourtant Claire-Lise Charbonnier ne fut pas invitée aux 50 ans du Théâtre 71 le samedi 25 septembre. Quand on s’en aperçut, il était trop tard. Claire-Lise proposa alors un texte à lire lors de cette manifestation, il fut certes envoyé mais ne fut jamais lu !
Pour réparer cet « oubli » nous vous proposons le contenu de son beau message.
Comme le soulignait Claire-Lise « heureuse que tu diffuses mon petit texte à celles et ceux qui connaissent encore le rôle du passé dans notre présent ».
Gilles Figuères


Claire-Lise Charbonnier inaugurant le Foyer Guy Kayat – ancien directeur du Théâtre 71, décédé en 1983 – en présence du député Guy Ducoloné et de Léo Figuères.

« On m’apprend que le Théâtre 71 de Malakoff fête ses 50 ans. Comme si je ne le savais pas, moi qui aie eu la chance d’assister à son inauguration et d’accompagner sa vie à travers celle de mon compagnon Guy Kayat. Je le savais, oui, mais j’avais oublié : voilà 38 ans que Guy a disparu et que mes centres d’intérêt se sont déplacés.

Oublier la date anniversaire ne veut pas dire oublier cette aventure qui a duré plus de 20 ans, la plus importante de notre vie. Oui, plus de 20 ans, car l’aventure a commencé avant 1971, grâce à la rencontre prodigieuse, inespérée et combien fructueuse, entre un nouveau maire venu des hautes instances du parti communiste où il était chargé des relations avec les intellectuels et pénétré de l’apport indispensable de la culture dans la vie de ses administrés, et un comédien-metteur en scène de 20 ans plus jeune habité par le désir de partager sa fougue et ses découvertes en ce domaine.

Plusieurs années avant l’inauguration du Théâtre 71, en effet, ce dialogue permanent, que certains auraient trouvé auparavant improbable, entre Léo Figuères et Guy Kayat a infusé dans une commune encore ouvrière et loin de la capitale, faisant naître un appétit de culture par des spectacles donnés dans les lieux les plus divers de Malakoff. Le Mai Culturel a ainsi été le creuset de ce Théâtre.

Les 18 ans d’activité de Guy Kayat à sa tête, fracassés par sa mort soudaine à moins de 45 ans, ont réussi à rendre cette institution indispensable aux Malakoffiots. Ce n’était pas gagné ! Le pari de Guy Kayat, toujours soutenu par Léo Figuères, a été de jouer l‘exigence et l’audace, de faire confiance à la curiosité d’une population qu’il n’hésitait pas à rencontrer dans ses autres lieux de vie (Clubs d’anciens, Maison de jeunes, etc.) Son profil atypique (fils de Libanais, autodidacte) y a aidé. Ainsi, un exemple parmi beaucoup d’autres : il avait le dialogue facile avec les jeunes « loubards », se sentant un peu des leurs, et ils n’ont jamais vandalisé les façades de verre du Théâtre.

Des rencontres avec les écrivains du Nouveau Roman, la venue de troupes étrangères, des collaborations fructueuses avec la Belgique, la Pologne, la Suisse, etc., l‘accueil de Tadeusz Kantor qui a pour la première fois monté une pièce avec des comédiens français, les dimanches matins avec le Domaine Musical, et bien d’autres expériences de haut vol, cette première période du Théâtre 71 a été celle de l’audace et de l’ouverture, forgeant peu à peu un public averti et exigeant.

Après tous ceux qui ont permis l’avènement de ce lieu important de la vie culturelle française, à la suite de Guy Kayat « l’éveilleur » (nom de la sculpture de Jacques Renaud qui orne sa tombe dans le cimetière municipal), courage à ceux et celles qui continuent à le faire vivre en ces temps difficiles. Mes vœux particuliers à celle qui l’a en charge actuellement ! »
Claire-Lise Charbonnier