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Quand Internet détruit la planète

Comment nos Smartphones, Selfies, courriels, vidéos en ligne ou « applis » mettent à mal la planète !!
Longtemps l’idée d’une industrie numérique propre car « immatérielle » a dominé les esprits. Contre les géants du pétrole et de l’automobile, le numérique semblait l’allié naturel des politiques de lutte contre le réchauffement climatique. Cette illusion se dissipe. Une enquête conduite sur plusieurs continents révèle le coût environnemental exorbitant du secteur des hautes technologies.
Quand le numérique détruit la planète
Au-delà des efforts du «
 marketing vert » déployé par les industriels et leurs porte-voix, quel est l’impact environnemental de l’outil numérique ? Ces nouveaux réseaux de communication sont-ils compatibles avec la « transition écologique » ? Au terme d’une enquête qui nous a conduit dans une dizaine de pays, voici la réalité : la pollution digitale est colossale, et c’est même celle qui croît le plus rapidement.
par Guillaume Pitron  (Le Monde Diplomatique, octobre 2021)
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MORCEAUX CHOISIS
… Les dommages causés à l’environnement découlent d’abord des milliards d’interfaces (tablettes, ordinateurs, smartphones) qui nous ouvrent la porte d’Internet. Ils proviennent également des données que nous produisons à chaque instant : transportées, stockées, traitées dans de vastes infrastructures consommatrices de ressources et d’énergie.

Pour réaliser des actions aussi impalpables qu’envoyer un courriel sur Gmail, un message sur WhatsApp, une émoticône sur Facebook, une vidéo sur TikTok ou des photos de chatons sur Snapchat, nous avons donc édifié, selon Greenpeace, « une infrastructure qui sera probablement la chose la plus vaste construite par l’espèce humaine  ».

Les chiffres sont édifiants : l’industrie numérique mondiale consomme tant d’eau, de matériaux et d’énergie que son empreinte représente trois fois celle d’un pays comme la France ou le Royaume-Uni.

L’Institut Wuppertal de recherche pour le climat, l’environnement et l’énergie (Allemagne) propose ainsi une méthode de calcul inédite de l’incidence matérielle de nos modes de consommation – développée par ses chercheurs dans les années 1990 – le Material Input Per Service unit (MIPS), c’est-à-dire la quantité de ressources nécessaires à la fabrication d’un produit ou d’un service.
Cette approche se traduit par un chiffre, le « sac à dos écologique », c’est-à-dire le coefficient multiplicateur de chacune de nos actions de consommation :
– Une minute au téléphone «coûte » 200 grammes. Quant à un SMS, il « pèse » 632 grammes.
Mais « dès qu’une technologie est impliquée, le MIPS est plus élevé »....
– Le MIPS d’un smartphone est de 1 200/1 (183 kilogrammes de matières premières pour 150 grammes de produit fini).
– Mais c’est le MIPS d’une puce électronique qui bat tous les records: 32 kilogrammes de matière pour un circuit intégré de 2 grammes, soit un ratio de 16 000/1.

Avec les milliards de serveurs, antennes, routeurs et bornes WiFi actuellement en fonctionnement, les technologies « dématérialisées » ne sont pas seulement consommatrices de matières ; elles sont en voie de constituer l’une des plus vastes entreprises de matérialisation jamais engagées.
… Parmi ces infrastructures bien réelles, les centres de données occupent une place de choix. Ces monstres de béton et d’acier confits de serveurs se multiplient au rythme du déluge d’informations produites par notre univers numérique
La consommation des centres de données en eau et électricité, nécessaires pour refroidir les machines, croît d’autant plus que les fournisseurs de services mettent tout en œuvre pour éviter ce que l’on appelle, dans l’industrie, un « noir complet » : la panne générale. Ils pratiquent d’abord la « redondance » des réseaux de distribution d’énergie
… Comme si cela ne suffisait pas, les hébergeurs dédoublent également les centres de données eux-mêmes, non sans s’être assurés que le site miroir a été édifié sur une plaque tectonique différente ! Il ne faudrait tout de même pas qu’un tremblement de terre nous empêche de poster le contenu de notre assiette sur Instagram ou retarde une rencontre sur Tinder !
fantastique gabegie électrique. Lors d’une conférence donnée fin 2019 au salon Data Centre World (l’un des grands rassemblements des professionnels du cloud), à Paris, un cadre fit cette déclaration sidérante : « Nous nous sommes rendu compte que les centres de données allaient capter un tiers de l’électricité du Grand Paris. »
les centres de données figureront « parmi les plus importants postes de consommation électrique du XXIe siècle ». Or la principale source d’énergie utilisée pour produire du courant n’est autre que le charbon.

… Quels seront les impacts écologiques d’un monde dans lequel des essaims de véhicules autonomes marauderont, vides, à travers des cités endormies, et où des armadas de logiciels en découdront sur le Web, vingt-quatre heures par jour, tandis que nous vaquerons à nos loisirs ?

Pour la première fois dans l’histoire, une génération se lève pour « sauver » la planète, traîner des États en justice pour inaction climatique et replanter des arbres. Des parents soupirent d’avoir « trois Greta Thunberg à la maison », vent debout contre la consommation de viande, le plastique et les voyages en avion. Simultanément, elle recourt davantage que les autres au commerce en ligne, à la réalité virtuelle et au gaming. Elle raffole de la vidéo en ligne et ne connaît pas d’autre monde que celui des hautes technologies.

Aussi faut-il abandonner toute candeur au moment de nous engager dans la grande bataille de ce siècle naissant : le numérique tel qu’il se déploie sous nos yeux ne s’est pas, dans sa très grande majorité, mis au service de la planète et du climat

Guillaume Pitron
Journaliste, auteur de L’Enfer numérique. Voyage au bout d’un like, Les Liens qui Libèrent éd. , Paris, 2021, dont cet article présente le propos.